Sauf riverains, terre cuite, émail, texte, dimensions variables, 2018

 

L’installation in situ SAUF RIVERAINS propose une réflexion sur la relation d’habiter que nous créons avec les lieux.

À travers une figure schématique de l’habitat, j’ai cherché à opérer un retour à la matière, à la technique de production et à l’essentiel architectural, structurel de la maison. Des briques, tuiles et carreaux faits artisanalement à partir de terre brute, sortie de carrière. Retour au geste et à la matière. Un sol, un toit, un espace entre deux murs. Un minimum pour habiter. Tous ces éléments pourraient être rassemblés pour ériger un habitat, mais ils se retrouvent éparpillés en unités symboliques, séparées bien qu’appartenant à un tout. Cette forme, simple précaire, est pour moi un retour à ma propre histoire d’habiter. L’histoire de ma maison à deux murs. Le texte contenu par l’installation, gravé sur les briques, est en lui-même un enchaînement d’histoires de départs et de retours.

 

 

Posées sur l’herbe, à la merci des intempéries et des éventuels vandales, ces petites maisons précaires renferment fragments d’histoires et couleurs cachées. Leur fragilité rend possible une mise à nu de ce qu’elles cachent. Accéder aux histoires des autres demande toujours le franchissement d’un seuil, le dépassement d’une frontière, une dérive qui nous amène au monde secret des riverains

 

 

 

 

 

“Pendant mon absence, la maison avait perdu un mur. Il n’y en avait que trois, la voilà, à présent, avec deux murs. Un sol, un toit et un espace entre deux murs.

J’aurais probablement dû me poser la question de comment un mur peut disparaître, j’aurais probablement dû m’affliger de cette amputation, j’aurais probablement dû me reprocher mon absence qui engendra cet événement et, pourtant, je n’en fis rien. La maison avait simplement continué à vivre sans moi. Son histoire lui appartient. Elle s’est fâchée d’un mur, a sympathisé avec les ronces qui sont désormais en royaume conquis. Elle a vécu des bourrasques sans moi. Elle a vieilli, mais reste accrochée là. Comme moi.”

Extrait du texte La maison à deux murs, écrit pour l’installation SAUF RIVERAINS