Des vastes paysages que l’on explore aux territoires fragmentés que l’on construit, comment exister dans l’espace ?

Sensible à la relation d’habiter qui nous lie aux autres et au monde, Améliane Jouve interroge notre présence aux lieux et les postures que nous y adoptons. Elle s’intéresse donc aux liens que nous entretenons avec nos environnements, aux autres et aux ailleurs, aux limites et à leurs franchissements. Les notions d’habitation, de cohabitation, de déplacement, d’interdiction et de passage qu’elle questionne à travers ses sculptures et installations, l’ont amenée à placer la frontière comme élément charnière de sa réflexion. Elle la désigne avant tout comme « ce qui nous place face à l’Autre et à l’Ailleurs et nous pousse à affirmer une posture dans l’espace symbolique de considération ». Cette notion l’a poussée, entre autres, à faire de longs séjours en Israël et Palestine afin d’appréhender la sensibilité des problématiques de territoires, d’identités et de cohabitations.

Dans ses créations, Améliane Jouve porte une attention particulière aux gestes qu’elle considère comme porteurs de sens. Dans cette optique, elle privilégie les matériaux bruts aux matériaux préfabriqués, afin de réactiver des techniques artisanales parfois obsolètes. De l’image au béton en passant par la céramique, le textile ou le métal, la diversité des techniques qu’elle utilise révèle l’importance qu’elle accorde à la cohérence entre matériau, technique et concept.

Le mur en papier tombe, la carte en terre s’effrite, l’interdiction de sel se dissipe… Le jeu entre autorité et fragilité qu’elle travaille dans ses installations place le visiteur dans une posture entre pouvoir et responsabilité. Obéir ou franchir, préserver ou détruire, cette ouverture à l’interaction révèle la précarité des procédés de conservation des lieux et des identités.